Data centers : un actif sous tension.
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Réunis au Starhôtel Castille le 5 mai 2026, à l'invitation de Stéphane Imowicz, Président de FIABCI-France, 60 professionnels de l'immobilier et experts du numérique se sont retrouvé mardi 5 mai 2026 à 19 heures. Le but était de décrypter ce qui s'impose désormais comme la classe d'actifs la plus stratégique du paysage immobilier français : le data center. Sous le titre évocateur « Data centers : un actif sous tension », la soirée a réuni un quatuor d'experts venus partager leur expérience d'un marché en pleine recomposition, dont les volumes d'investissement se chiffrent aujourd'hui en dizaines, voire en centaines de milliards d'euros. Quatre experts présents : Nicolas Deuzé, co-directeur général d’Altarea Data Center, Laurence Leconte, directrice développement Immobilier d’APL Data center, Sandra de Lamotte, architecte, fondatrice d’If Architectes, Michaël Reffay, délégué général de France Datacenter.
(article complet après le reportage photos)
Une présence remarquée : Danielle Dubrac
Parmi les personnalités présentes, la soirée a particulièrement bénéficié de la présence et des interventions très appréciées de Danielle Dubrac, Présidente du syndicat UNIS et Présidente de la CCI Paris Seine-Saint-Denis. Sa double casquette, porte-voix de la profession immobilière au sein de l'UNIS et représentante d'un territoire francilien directement concerné par l'implantation des centres de données, a apporté à l'échange une perspective transversale, à la croisée des intérêts des professionnels de l'immobilier et des enjeux d'aménagement du territoire. Ses prises de parole ont été saluées par l'auditoire comme par les intervenants.
Un débat orchestré en mode ping-pong
L'animation du débat avait été confiée à Emmanuel Cordié, d'Ikory, dont les questions et relances incisives ont donné à la conférence un rythme soutenu. Véritable partie de ping-pong avec les quatre intervenants, Nicolas Deuzé, co-directeur général d'Altarea Data Center ; Laurence Leconte, directrice du développement immobilier d'APL Data Center ; Sandra de Lamotte, architecte et fondatrice d'If Architectes ; et Michaël Reffay, délégué général de France Datacenter, ses interventions ont permis de pousser chacun dans ses retranchements et de rendre l'échange particulièrement dynamique.
Une France attractive pour les infrastructures de données
C'est à Michaël Reffay qu'est revenu le rôle de planter le décor. Le délégué général de France Datacenter, association qui fédère près de 150 entreprises du secteur représentant environ 50 000 salariés en France, a livré un message offensif :
« La France est une terre d'attractivité pour les infrastructures de données. Ce sont des infrastructures de résilience pour la France, qui nous permettent de développer nos usages numériques, et il ne faut pas bouder nos atouts parce qu'on en a beaucoup en France pour attirer un maximum d'investissements sur notre territoire dans les prochaines années. » Michaël Reffay
Interrogé sur la valorisation du parc français, le délégué général reste prudent mais ne minore pas l'ampleur du phénomène :
« Plusieurs milliards, plusieurs dizaines de milliards, probablement une ou deux centaines de milliards. C'est un marché qui est en pleine explosion, qui explose avec nos usages, nos usages du quotidien, nos usages numériques, la télémédecine, les services publics connectés, le télétravail qui nous a tant aidés pendant le Covid, les usages liés à l'IA. » Michaël Reffay
Une classe d'actifs « exponentielle »
Nicolas Deuzé a confirmé cette dynamique du point de vue de l'investisseur. Altarea, développeur immobilier multi-classes d'actifs, intervient sur l'ensemble du spectre des centres de données, de la colocation à l'hyperscale. Il décrit un changement d'échelle radical :
« C'est un investissement qui est exponentiel, exponentiel pour deux raisons. Un, parce qu'on a davantage besoin de data centers ; deux, parce que la taille unitaire des data centers grossit énormément. On est passé d'investissements à l'échelle de dizaines de millions d'euros à des centaines, voire des milliards d'euros par actif. » Nicolas Deuzé
Aux questions du modérateur sur la solidité de cette classe d'actifs, le co-directeur général d'Altarea Data Center oppose un argument que les acteurs immobiliers classiques connaissent peu : la fidélité contrainte des locataires.
« On est sur une classe d'actifs avec un taux de rotation qui est beaucoup plus faible que dans n'importe quelle autre classe d'actifs. Le data center vient héberger des infrastructures qui sont critiques, qui sont hyper sécurisées, et déménager son infrastructure numérique, c'est plus compliqué que déménager son siège social. Un client qui est satisfait de son data center est un client qui va être fidèle et qui va s'engager sur le long terme.» Nicolas Deuzé
Un objet immobilier qui ne ressemble à aucun autre
Laurence Leconte, qui apporte chez APL Data Center — expert du secteur depuis plus de 40 ans — une brique de compétences immobilières, a tenu à briser quelques illusions auprès de l'auditoire FIABCI. Le data center, a-t-elle martelé, n'est ni un bureau, ni un produit standardisable :
« Mon message pour FIABCI, c'était d'essayer de leur faire prendre conscience de la complexité de cet ouvrage : on ne fait pas du data center comme on fait du bureau. Et j'ai insisté aussi sur le fait que ce n'est pas un produit qui se prête vraiment à la VEFA, puisqu'il peut être conçu de tellement de manières différentes selon les clients et les usages. » Laurence Leconte
Laurence Leconte a également souligné une singularité économique majeure du secteur, qui le distingue radicalement des autres classes d'actifs immobiliers : l'impossibilité de construire « en blanc ».
« Avant le financement, il faut d'abord trouver un terrain. On a des clients qui ont des ambitions de développement, et derrière ces ambitions, il y a globalement un client identifié — contrairement à certaines classes d'actifs immobiliers. Je n'ai pas vu de data center qui était construit en blanc, en se disant : on le construit et demain on verra quel client on accueille dedans. Compte tenu des montants d'investissement, on est obligé d'avoir identifié un client. Et c'est également lié au type d'usage que le client va souhaiter avoir dans ce data center, qui va conditionner la conception du data center et les équipements techniques qu'on va y mettre. » Laurence Leconte
La directrice du développement immobilier d'APL a également rappelé qu'APL Data Center, expert du secteur depuis plus de quarante ans, intervient sur l'ensemble du cycle de vie de ces projets — conception, construction, exploitation, maintenance — en assistance à maîtrise d'ouvrage, maîtrise d'œuvre ou contractant général, aussi bien sur du neuf que sur des opérations de rétrofit.
L'architecte, garant de l'acceptabilité
Quatrième voix de la soirée, Sandra de Lamotte a porté celle de l'architecture, dont elle revendique le caractère indispensable bien au-delà du seul permis de construire. Fondatrice d'If Architectes, elle observe le bouleversement de son agence en deux décennies :
« Il y a 20 ans, le data center représentait à peu près 30 % des projets de l'agence. Aujourd'hui, avec le tsunami qu'on connaît, ça représente vraiment 80 % de la production des projets d'agence. » Sandra de Lamotte
Son combat principal : l'acceptabilité de ces équipements auprès des élus et des riverains. Elle s'attache à déconstruire ce qu'elle nomme les « gros mots du data center » :
« Non, ce ne sont pas que des objets polluants ; non, ils ne sont pas énergivores ; non, ils n'utilisent pas l'eau des rivières ; non, il n'y a pas que des nuisances acoustiques. On les démolit un par un, et on travaille avec les élus, bien évidemment, pour leur communiquer les vrais mots du data center, pour les aider dans les éléments de langage aussi pour l'acceptabilité de ces projets.» Sandra de Lamotte
Pour l'architecte, l'enjeu dépasse largement la technique : il est politique et industriel.
« Chaque data center sera une pièce du puzzle de notre souveraineté nationale. » Sandra de Lamotte
Elle a enfin rappelé la temporalité singulière de ces projets, qui s'étalent sur environ quatre ans, de la phase de faisabilité, le « test fit », jusqu'à la livraison.
Conclusion : un marché qui appelle de nouvelles compétences
Au terme d'environ deux heures d'échanges nourris, la conférence du 5 mai aura mis en lumière une réalité que les professionnels de l'immobilier ne peuvent plus ignorer : le data center est devenu une classe d'actifs immobilière à part entière, stratégique pour la souveraineté numérique française, mais qui exige des savoir-faire spécifiques, techniques, architecturaux, financiers et opérationnels, que les schémas traditionnels du secteur ne suffisent pas à couvrir. Les chiffres avancés par Michaël Reffay (potentiellement plusieurs centaines de milliards d'euros d'investissements à venir) comme les volumes unitaires évoqués par Nicolas Deuzé (jusqu'au milliard d'euros par actif) dessinent un marché en pleine recomposition, où la fidélité des clients, la complexité technique et le défi de l'acceptabilité territoriale redistribuent les cartes. Une chose est sûre, à l'issue de cette soirée orchestrée par Emmanuel Cordié et marquée par les contributions remarquées de Danielle Dubrac : pour les membres de FIABCI-France, le data center ne sera plus jamais un sujet périphérique.
Reportage réalisé par Christophe Régnier et L'agence LA NOUVELLE ÉCONOMIE pour FIABCI - France.
Vous pouvez télécharger et utiliser les photos en citant l'auteur et l'agence comme suit :
Crédit photos : Christophe Régnier www.lanouvelleeconomie.tv
















































































































































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